Turquoise Travel — Voyages, Circuits & Séjours sur mesure
Blog

Babour : d'Andijan à l'Empire moghol, sur les traces du prince-poète

Né à Andijan en 1483, Babour perdit Samarcande avant de fonder l'Empire moghol en Inde. Sur ses traces dans la vallée de Ferghana : musées, parc mémorial et pages du Baburnama.

ÉPar Équipe Turquoise Travel7 min de lecture

Babour : d'Andijan à l'Empire moghol, sur les traces du prince-poète
Dans cet article

Il naquit prince d'un petit royaume de la vallée de Ferghana, perdit tout avant ses vingt ans, et mourut empereur de l'Inde. Zahir ud-Din Muhammad Babour (Bobur en ouzbek) est aussi l'auteur du Baburnama, l'une des plus belles autobiographies de la littérature mondiale. En Ouzbékistan, il est un héros national : partez sur ses traces à Andijan, sa ville natale, et dans la vallée qu'il n'a jamais cessé de regretter.

Statue équestre de Babour dans un parc d'Andijan

Babour en bref

  • Naissance : 14 février 1483 à Andijan, dans la vallée de Ferghana.
  • Lignée : descendant de Tamerlan par son père et de Gengis Khan par sa mère.
  • Fait marquant : victoire de Panipat en 1526, acte de naissance de l'Empire moghol.
  • Œuvre : le Baburnama, mémoires en turc tchaghataï, et un divan de poèmes.
  • Mort : 26 décembre 1530 à Agra ; il repose dans le jardin Bagh-e Babur à Kaboul.
  • À visiter : musée littéraire et parc mémorial Babour à Andijan.

Un prince de la vallée de Ferghana

Babour naît à Andijan, alors capitale du royaume de Ferghana, gouverné par son père Omar Cheikh Mirza, un prince timouride. Par sa mère, Qutlugh Nigar Khanum, il descend des khans tchaghataïdes, et donc de Gengis Khan. Cette double ascendance nourrira toute sa vie l'ambition de restaurer la grandeur de Tamerlan.

En 1494, son père meurt accidentellement à Akhsi (Akhsikent), lorsque le pigeonnier où il se trouvait s'effondre dans un ravin. Babour, qui n'a pas encore douze ans, hérite du trône dans un contexte très instable : oncles, cousins et émirs se disputent les territoires timourides.

Samarcande, le rêve perdu

Comme tous les princes timourides, Babour rêve de Samarcande, la capitale de Tamerlan. Il s'en empare une première fois en 1497, à quatorze ans, mais ne la garde qu'une centaine de jours ; pendant ce temps, il perd Andijan. Il la reprend en 1500-1501, avant d'être chassé par le chef ouzbek Muhammad Chaybani Khan. Privé de royaume, il erre plusieurs années avec une poignée de fidèles dans les montagnes. Une dernière tentative, en 1511-1512 avec l'appui des Safavides de Perse, échoue elle aussi.

Ces années d'errance forgent le caractère du futur conquérant. Elles expliquent aussi un paradoxe : les Ouzbeks de Chaybani, dont le nom est aujourd'hui celui du pays, furent ses grands adversaires, tandis que l'Ouzbékistan moderne célèbre Babour comme un fils de sa terre.

De Kaboul à l'Empire moghol

En 1504, Babour prend Kaboul, qui devient sa base pendant plus de vingt ans. De là, il lance plusieurs expéditions vers l'Inde. Le 21 avril 1526, à Panipat, au nord de Delhi, sa petite armée, équipée d'artillerie et de mousquets, écrase les troupes bien plus nombreuses du sultan Ibrahim Lodi. Babour entre à Delhi puis à Agra : l'Empire moghol est né. Un an plus tard, il bat à Khanwa la confédération rajpoute de Rana Sanga.

Il ne profite guère de ses conquêtes : il meurt à Agra le 26 décembre 1530, à 47 ans. Selon ses vœux, sa dépouille est ensuite transférée à Kaboul, dans un jardin en terrasses qu'il aimait, le Bagh-e Babur. Ses descendants, Humayun, Akbar, Jahangir et Shah Jahan, régneront sur l'Inde et lui donneront le Taj Mahal et le fort Rouge.

Tombeau de Babour entouré de claustras de marbre dans le jardin Bagh-e Babur à Kaboul

Le Baburnama, mémoires d'un prince-poète

Le Baburnama (« Livre de Babour ») est le récit, au jour le jour, de sa vie de 1494 à 1529, avec des lacunes. Écrit en turc tchaghataï, la langue littéraire qui a donné naissance à l'ouzbek, il frappe par sa franchise : Babour y raconte ses défaites, ses doutes, ses beuveries, ses amitiés, avec un regard d'une modernité étonnante.

C'est aussi une mine d'informations géographiques. Le livre s'ouvre sur une description minutieuse de la vallée de Ferghana : ses villes, Andijan, Och, Marguilan, Akhsi, Khodjent, leurs jardins, leurs fruits (les melons et les grenades y sont célébrés), leurs gibiers. Plus loin, Babour décrit Samarcande, Kaboul, puis la faune et la flore de l'Inde avec une curiosité de naturaliste.

Traduit en persan sous le règne de son petit-fils Akbar, le texte a été illustré de splendides miniatures dans les ateliers moghols à la fin du XVIe siècle ; des feuillets en sont conservés dans de grands musées du monde. En français, on peut le lire dans la traduction de Jean-Louis Bacqué-Grammont, publiée sous le titre Le Livre de Babur. Babour fut aussi poète : il laissa un divan de ghazels et de quatrains, et un traité de prosodie.

Sur les traces de Babour à Andijan et dans la vallée

Le musée littéraire Babour

Dans la vieille ville d'Andijan, près du bazar, le musée littéraire occupe l'emplacement de l'ancienne citadelle (Ark) où Babour passa son enfance. Le bâtiment de brique s'organise autour d'une petite cour. Les salles présentent des peintures retraçant sa vie, la généalogie de la dynastie timouride et moghole, des éditions et traductions du Baburnama, ainsi que des objets d'époque. Les explications sont surtout en ouzbek et en russe : un guide est précieux.

Le parc national Babour sur la colline de Bogishamol

Aux abords d'Andijan, sur la colline de Bogishamol, un vaste parc mémorial est consacré à Babour. On y trouve une tombe symbolique contenant de la terre rapportée de ses sépultures d'Agra et de Kaboul, un musée-maison consacré à sa vie et à ses descendants, des allées ombragées et des points de vue sur la vallée. Le lieu est très fréquenté par les familles ouzbèkes le week-end et le 14 février, jour anniversaire de sa naissance, célébré dans tout le pays.

Autres étapes

  • La mosquée Djouma d'Andijan : grand ensemble de la fin du XIXe siècle aux boiseries sculptées, l'un des rares monuments anciens de la ville.
  • Akhsikent : les ruines de l'ancienne capitale de la vallée, où mourut le père de Babour, près de Namangan, au bord du Syr-Daria.
  • Och : de l'autre côté de la frontière kirghize, à une cinquantaine de kilomètres, la montagne sacrée Soulaïman-Too, que Babour décrit dans ses mémoires, porte une petite maison reconstruite à son nom.

Pour organiser votre découverte de la région, voyez notre guide de la vallée de Ferghana, et pour comprendre l'héritage timouride dont Babour se réclamait, notre portrait de Tamerlan.

Conseils pratiques

  • Accès : Andijan est à environ 350 km de Tachkent. Le train via le col de Kamtchik met environ 5 à 6 heures ; des vols intérieurs desservent aussi la ville. Plus d'infos dans notre article sur les transports en Ouzbékistan.
  • Combiner : Andijan se visite en une journée et s'associe facilement à Marguilan, Rishtan, Ferghana et Kokand sur un circuit de 3 à 4 jours.
  • Horaires : les musées ferment souvent un jour par semaine (fréquemment le lundi) ; horaires et tarifs à vérifier sur place.
  • Lecture : emportez quelques pages du Baburnama ; lire sa description de la vallée sur place est une expérience rare.
  • Frontière : pour passer à Och, vérifiez les conditions d'entrée au Kirghizistan et les horaires du poste-frontière de Dostyk.

Questions fréquentes

Où Babour est-il enterré ?

À Kaboul, en Afghanistan, dans le jardin Bagh-e Babur. Il fut d'abord inhumé à Agra, puis transféré selon ses dernières volontés. Andijan n'abrite qu'une tombe symbolique.

Le Baburnama est-il facile à lire ?

Oui, étonnamment. Le style est direct et vivant. On peut le lire par morceaux, en commençant par la description de la vallée de Ferghana.

Babour et la vallée de Ferghana dans nos circuits

Turquoise Travel, agence locale en Ouzbékistan, vous propose :

Tous nos circuits sont adaptables : contactez-nous pour un voyage sur mesure.

Crédits photos : Artiste moghol anonyme (1598) (Public domain), Artiste moghol anonyme (vers 1589-1590) (Public domain), Arina Pan (CC BY-SA 4.0), Petar Milošević (CC BY-SA 4.0), Abdurahmon Egamberdiyev (CC BY-SA 4.0), Ninaras (CC BY 4.0) via Wikimedia Commons.

Partager

À lire aussi

Tous les articles
Blog
3 min de lecture

Musée Savitsky de Noukous : le « Louvre des sables »

Au cœur du désert karakalpak, le musée Savitsky abrite l'une des plus grandes collections d'avant-garde russe au monde. Histoire, œuvres phares et conseils de visite.

Prêt à partir ?

Construisons votre voyage ensemble

Dites-nous vos dates et vos envies. Un conseiller francophone vous répond sous 24 h avec une proposition détaillée.