À l'entrée occidentale de la vallée de Ferghana, Kokand fut pendant plus d'un siècle la capitale d'un khanat qui s'étendait jusqu'à Tachkent et aux steppes kazakhes. De cette grandeur subsistent un palais aux façades de céramique, l'une des plus belles mosquées à colonnes d'Asie centrale et des mausolées où reposent les souverains et leurs poétesses. Une étape passionnante et encore peu fréquentée sur la route de la vallée.

Kokand en bref
- Où : région de Ferghana, à l'ouest de la vallée, environ 230 km de Tachkent par le col de Kamtchik.
- Incontournables : palais de Khoudoïar Khan, mosquée Djouma (Jami), nécropole Dakhma-i-Chakhon, mausolée Modari Khan, médersa Narbouta-bek.
- Temps de visite : une journée complète suffit pour l'essentiel.
- Accès : train ou voiture depuis Tachkent (4 à 5 heures environ), à combiner avec Rishtan, Marguilan et Ferghana.
- Spécialité : la halva de Kokand, réputée dans tout le pays.
Le khanat de Kokand, une brève histoire
Au début du XVIIIe siècle, la tribu ouzbèke des Ming s'émancipe de l'émirat de Boukhara et fonde dans la vallée de Ferghana un État indépendant, dont Kokand devient la capitale. Le khanat atteint son apogée au début du XIXe siècle sous Alim Khan, premier souverain à prendre le titre de khan, puis sous son frère Omar Khan (vers 1810-1822). Il contrôle alors Tachkent, la ville de Turkestan et une partie des steppes kazakhes et kirghizes.
Omar Khan, lui-même poète, fait de sa cour un foyer littéraire. Son épouse, Nodira, est l'une des grandes poétesses de la littérature ouzbèke ; elle sera exécutée en 1842 lors de la prise de Kokand par l'émir de Boukhara Nasrullah. La ville y gagnera le surnom de Qo'qoni latif, « Kokand la gracieuse ».
La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par les luttes de pouvoir et l'avancée russe. Khoudoïar Khan, renversé et rétabli à plusieurs reprises, règne pour la dernière fois de 1865 à 1875. Après une révolte contre lui et l'intervention des troupes du tsar, le khanat est annexé par l'Empire russe en 1876 et devient l'oblast de Ferghana. Plus tard, en 1917-1918, Kokand fut le siège de l'éphémère « Autonomie du Turkestan », écrasée par les bolcheviks.
Le palais de Khoudoïar Khan
Le palais (Ourda) de Khoudoïar Khan est le monument emblématique de Kokand. Achevé au début des années 1870 par l'architecte Mir Oubaydoulla, il n'a servi de résidence royale que quelques années avant la chute du khanat. Il comptait à l'origine sept cours et plus d'une centaine de pièces ; il n'en subsiste aujourd'hui qu'une partie, avec 19 salles, ce qui donne déjà une belle idée de son faste.
À ne pas manquer
- La façade principale : longue façade entièrement revêtue de céramiques à motifs géométriques et floraux, où dominent le jaune, le vert et le bleu, avec des tours d'angle et une inscription en arabe au-dessus du portail. On y accède par une rampe, l'entrée étant surélevée de plusieurs mètres.
- Les plafonds peints : à l'intérieur, les salles conservent des plafonds en bois sculpté et peint d'une grande finesse, ainsi que des décors en ganch (stuc sculpté).
- Le musée régional : depuis 1925, le palais abrite le musée d'histoire locale, avec costumes, armes, objets d'art appliqué, céramiques et souvenirs de la cour. Le trône d'origine de Khoudoïar Khan est quant à lui conservé à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.
Prévoyez une à deux heures. Le jardin devant le palais est agréable pour se poser à l'ombre. Les horaires et tarifs évoluent : à vérifier sur place.
La mosquée Djouma et ses 98 colonnes
La mosquée Djouma (mosquée du vendredi, ou Jami), sur la place Tchorsou, est l'autre joyau de Kokand. Commencée sous Alim Khan au début du XIXe siècle, elle a été achevée sous Omar Khan, vers 1820 (les dates varient selon les sources). Son immense galerie (aïvan) d'environ 100 m de long est soutenue par 98 colonnes de bois sculptées, dont les plafonds sont peints de couleurs vives et rehaussés d'or. L'effet de perspective, quand on longe cette forêt de piliers, est saisissant.
Dans la cour se dresse un minaret de brique cuite d'environ 22 m de haut. L'ensemble comprenait aussi une médersa et une khanaka (lieu de retraite soufi). Si la mosquée accueille la prière, adoptez une tenue couverte et évitez les heures d'office ; nos conseils sont réunis dans notre article sur la visite des mosquées et médersas.

Mausolées, médersas et environs de Kokand
- Dakhma-i-Chakhon (« tombeau des rois ») : nécropole de la dynastie, où reposent Omar Khan, son père Narbouta-biy et plusieurs descendants. Son aïvan aux colonnes sculptées et son portail décoré sont remarquables. La construction est attribuée à l'initiative de Nodira.
- Mausolée Modari Khan : édifié pour la mère d'Omar Khan, il est orné de majoliques ; Nodira y a elle-même été inhumée.
- Médersa Narbouta-bek : de la fin du XVIIIe siècle, l'une des plus grandes médersas de la vallée, organisée autour d'une cour bordée de cellules d'étudiants.
- Médersa Kamol Qozi : petite médersa du XIXe siècle en brique cuite, dans le vieux quartier.
- Le Kokand russe : quelques bâtiments du début du XXe siècle, dont l'ancienne banque russo-asiatique, rappellent la prospérité de la ville à l'époque du coton.
Kokand, porte de la vallée de Ferghana
Kokand est la porte d'entrée naturelle de la vallée de Ferghana quand on arrive de Tachkent. La route franchit le col de Kamtchik (environ 2 200 m), aux paysages superbes mais parfois enneigés en hiver ; le train électrique passe sous le col par un long tunnel. À une cinquantaine de kilomètres se trouve Rishtan, capitale de la céramique bleue, puis Marguilan, ville de la soie et de l'ikat. Toutes ces étapes sont décrites dans notre guide de la vallée de Ferghana et notre article sur l'ikat de Marguilan.
Conseils pratiques
- Comment venir : le train depuis Tachkent est confortable et évite la route du col ; en voiture privée, comptez 4 à 5 heures selon la circulation et la météo. Pour comparer les options, consultez notre article sur les transports en Ouzbékistan.
- Quand venir : printemps et automne sont idéaux ; l'été dans la vallée est chaud mais moins sec que dans le désert.
- Où dormir : Kokand offre quelques hôtels simples ; beaucoup de voyageurs préfèrent loger à Ferghana ou Marguilan et visiter Kokand en étape.
- Goûter : la halva de Kokand se vend au bazar et dans les petites confiseries ; elle fait un excellent souvenir.
- Guide : les panneaux explicatifs sont rares, surtout en français ; un guide local apporte beaucoup à la visite du palais et des mausolées.
Questions fréquentes
Kokand vaut-il le détour ?
Oui, surtout si vous aimez l'architecture et l'histoire. Le palais et la mosquée Djouma comptent parmi les monuments les plus originaux du pays, sans la foule de Samarcande.
Peut-on visiter Kokand en excursion depuis Tachkent ?
C'est possible mais long (8 à 10 heures de trajet aller-retour). Mieux vaut l'intégrer à un circuit de deux ou trois jours dans la vallée de Ferghana.
Kokand et la vallée de Ferghana dans nos circuits
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Crédits photos : Petar Milošević (CC BY-SA 4.0), Petar Milošević (CC BY-SA 4.0), Bgag (CC0), Екатерина Борисова (CC BY-SA 4.0), Petar Milošević (CC BY-SA 4.0), Adam Jones from Kelowna, BC, Canada (CC BY-SA 2.0) via Wikimedia Commons.





