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Le bois sculpté de Khiva : colonnes, portes et ateliers d'artisans

Colonnes millénaires de la mosquée Djouma, portes ciselées, pupitres taillés d'une seule planche : découvrez le bois sculpté de Khiva, où l'admirer et comment l'acheter.

ÉPar Équipe Turquoise Travel9 min de lecture

Le bois sculpté de Khiva : colonnes, portes et ateliers d'artisans
Dans cet article

À Khiva, le bois parle autant que la brique. Derrière les remparts d'Itchan Kala, des centaines de colonnes ciselées soutiennent les mosquées et les palais, et chaque maison ancienne s'annonce par une lourde porte couverte d'arabesques. Voici comment lire ce patrimoine, où l'admirer et comment rencontrer les sculpteurs qui le font vivre aujourd'hui.

Vantail en bois sculpté et clouté de la porte ouest d'Itchan Kala à Khiva

Le bois sculpté de Khiva en bref

  • Où : Itchan Kala, la vieille ville fortifiée de Khiva (Khorezm), inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1990.
  • Chef-d'œuvre : la mosquée Djouma et sa forêt de quelque 212 colonnes, dont une vingtaine remonteraient aux Xe–XIIe siècles.
  • Essences : surtout l'orme (karagatch), mais aussi le noyer, le platane et le mûrier.
  • Motifs : rinceaux végétaux (islimi), entrelacs géométriques (girikh) et inscriptions calligraphiées.
  • Souvenir phare : le lavh, pupitre à livre taillé dans une seule planche, sans clou ni colle.
  • Temps conseillé : une demi-journée pour les monuments, une heure de plus pour un atelier.

Une tradition née dans l'oasis du Khorezm

Dans une oasis où la pierre est rare et l'argile omniprésente, le bois a toujours été le matériau noble. Les bâtisseurs du Khorezm l'ont utilisé pour tout ce qui devait porter, fermer ou orner : colonnes des iwans (porches ouverts), portes, plafonds à caissons, grilles de fenêtres. L'école de sculpture sur bois de Khiva est considérée comme l'une des plus raffinées d'Asie centrale, et elle a connu son âge d'or aux XVIIIe et XIXe siècles, quand les khans de Khiva multipliaient palais, médersas et mosquées.

Le savoir-faire se transmettait au sein des familles, de maître (usta) à apprenti (chogird). La dynastie des Polvanov (ou Palvanov) est souvent citée parmi les grands noms de l'école khivienne : on lui attribue de nombreuses colonnes et portes réalisées au XIXe et au début du XXe siècle. Aujourd'hui encore, des familles d'artisans perpétuent ces gestes dans les ruelles d'Itchan Kala.

Les essences et les outils

L'orme, appelé karagatch, est le bois roi : dense, résistant aux insectes et à la sécheresse, il se prête aux colonnes de plusieurs mètres. Le noyer, plus précieux, est réservé aux pièces fines et aux coffrets. Une fois sculpté, le bois est traditionnellement nourri à l'huile (lin ou coton), ce qui lui donne cette patine brun doré que l'on remarque sur les portes anciennes.

La mosquée Djouma, une forêt de colonnes

Impossible de parler du bois de Khiva sans entrer dans la mosquée Djouma (mosquée du Vendredi), au cœur d'Itchan Kala. Mentionnée dès le Xe siècle, elle a été reconstruite à la fin du XVIIIe siècle (vers 1788) sous sa forme actuelle : une vaste salle hypostyle sans coupole ni portail monumental, couverte d'un toit plat que soutiennent environ 212 colonnes de bois disposées en rangées régulières. Deux ouvertures dans la toiture laissent tomber une lumière zénithale qui change toute la journée.

Le plus fascinant est qu'aucune colonne ne ressemble à sa voisine. Les bâtisseurs ont réemployé des colonnes provenant d'édifices plus anciens : une vingtaine d'entre elles, ornées d'inscriptions en écriture coufique, sont datées des Xe–XIIe siècles, et certaines proviendraient selon la tradition de Kath, l'ancienne capitale du Khorezm aujourd'hui disparue. D'autres datent des XVIIe–XIXe siècles. On lit ainsi, en marchant entre les fûts, mille ans d'évolution du style.

Comment lire une colonne khivienne

  • La base : le fût repose souvent sur un socle de pierre, avec une partie basse renflée en forme de cruche (kouza), qui isolait le bois de l'humidité du sol et lui permettait de « respirer ».
  • Le fût : il s'amincit vers le haut et porte un décor en bandes ou en spirale, parfois couvert de bas en haut.
  • Le chapiteau : sur les colonnes les plus élaborées, il évoque des stalactites (mouqarnas) ou un bouquet de feuilles.
  • Le décor : rinceaux végétaux, palmettes, rosaces, entrelacs et, sur les pièces anciennes, inscriptions religieuses.

Le minaret attenant, haut d'environ 42 mètres, peut se gravir par un escalier étroit et sombre ; la vue sur les toits d'Itchan Kala récompense l'effort. Pour approfondir la visite de la vieille ville, consultez notre guide complet d'Itchan Kala.

Colonnes anciennes et puits de lumière dans la mosquée Djouma de Khiva

Portes et palais : où admirer le bois sculpté

Au-delà de la mosquée Djouma, voici les étapes incontournables.

  • Le palais Tach-Khaouli : construit entre 1830 et 1838 sous Allakouli Khan, il réunit des iwans soutenus par de fines colonnes posées sur des socles de marbre, devant des murs couverts de céramique bleue. Le contraste entre le bois sombre et les carreaux émaillés est l'un des plus beaux de la ville.
  • La Kounia Ark : l'ancienne citadelle des khans abrite une salle de réception (Kourinich-khana) dont l'iwan à colonnes sculptées fait face à une cour majestueuse.
  • Le mausolée de Pahlavon Mahmoud : lieu de pèlerinage dédié au saint patron de Khiva, poète et lutteur, il est précédé de portes richement sculptées.
  • Les portes de la ville et des médersas : les portes monumentales d'Ota Darvoza et de nombreuses médersas conservent des vantaux cloutés et ciselés.
  • Les ruelles résidentielles : levez les yeux en marchant : beaucoup de maisons ordinaires gardent une porte ancienne. Selon une tradition souvent racontée à Khiva, la porte était le bien le plus précieux du foyer, que l'on conservait même lorsque la maison était reconstruite.

Pour replacer ce décor dans l'ensemble de l'architecture du pays, lisez aussi notre article sur l'architecture ouzbèke et ses coupoles turquoise.

Rencontrer les sculpteurs dans leurs ateliers

Plusieurs ateliers de sculpture sur bois sont installés dans Itchan Kala, souvent dans d'anciennes cellules de médersas ou sous des auvents le long des rues commerçantes. On y voit des artisans, parfois très jeunes, travailler au ciseau sur des pupitres, des coffrets ou des panneaux. Beaucoup acceptent volontiers que l'on observe, et certains proposent une courte initiation.

Ce que l'on trouve dans les ateliers

  • Le lavh (ou rehal) : pupitre pliant destiné à poser le Coran ou un livre. Sa prouesse : il est taillé dans une seule planche, fendue puis articulée sans clou ni colle. Les petits modèles voyagent très bien.
  • Coffrets et boîtes : à bijoux, à épices ou à thé, décorés de rosaces et d'entrelacs.
  • Colonnes et portes miniatures : répliques décoratives des colonnes de la mosquée Djouma.
  • Panneaux muraux : plaques sculptées à accrocher, avec motifs géométriques ou végétaux.
  • Pièces sur commande : certains ateliers réalisent portes et meubles et peuvent organiser l'expédition (délais et coûts à négocier).

Si les rencontres d'artisans vous passionnent, notre article sur les ateliers d'artisans en Ouzbékistan vous donnera d'autres adresses à travers le pays.

Acheter du bois sculpté sans se tromper

Les prix varient fortement selon la taille, l'essence et la finesse du travail : comptez de quelques dizaines de dollars pour un petit lavh à plusieurs centaines pour un grand panneau ou un coffret de noyer finement ciselé. Le marchandage est d'usage, mais restez courtois : derrière chaque pièce, il y a souvent des jours de travail.

  • Regardez la profondeur de la taille : un relief net, aux arêtes vives et régulières, signe un travail manuel soigné ; les reliefs mous et répétitifs trahissent parfois une fabrication à la machine.
  • Vérifiez le bois : pas de fentes traversantes, pas de trous d'insectes frais (petite sciure à la base).
  • Demandez l'essence : noyer et orme n'ont ni le même poids ni le même prix.
  • Pensez au transport : le lavh se replie à plat ; pour les grandes pièces, prévoyez un emballage solide et un bagage en soute.

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Conseils pratiques

  • Billets : l'accès aux principaux monuments d'Itchan Kala se fait avec un billet combiné vendu à la porte ouest (Ota Darvoza) ; la montée au minaret de la mosquée Djouma est souvent payante en supplément. Tarifs et inclusions à vérifier sur place.
  • Meilleur moment : le matin, la lumière qui tombe des ouvertures du toit de la mosquée Djouma est idéale pour la photo, et la foule plus clairsemée.
  • Tenue : épaules et genoux couverts dans la mosquée ; un foulard est apprécié pour les femmes.
  • Respect : ne touchez pas les colonnes anciennes ; le bois est fragile et la sueur des mains l'abîme.
  • Douane : les pièces neuves ne posent pas de problème ; en revanche, un objet ancien (plus de 50 ans) ou présentant une valeur culturelle nécessite une expertise avant l'exportation. Gardez toujours le reçu du vendeur.

Questions fréquentes

Combien de colonnes compte la mosquée Djouma ?

Les sources donnent entre 212 et 218 colonnes selon le mode de comptage ; le chiffre de 212 colonnes est le plus couramment retenu.

Peut-on assister à la sculpture d'une pièce ?

Oui, plusieurs ateliers d'Itchan Kala travaillent sous les yeux des visiteurs. Évitez simplement les heures les plus chaudes de l'été, quand certains artisans font une pause.

Le Khorezm dans nos circuits

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Crédits photos : Bgag (CC0), Faqscl (CC BY-SA 3.0), Petar Milošević (CC BY-SA 4.0), Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France (CC BY 2.0), Davide Mauro (CC BY-SA 4.0) via Wikimedia Commons.

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