Des robes de velours si chargées d'or qu'elles tenaient presque debout, des calottes scintillantes, des babouches dignes d'un conte : la broderie d'or, ou zardozi, fut pendant des siècles l'art de cour par excellence de Boukhara. Elle vit toujours, dans une fabrique historique comme dans de petits ateliers familiaux. Voici son histoire, les lieux où l'admirer et nos conseils pour en rapporter une pièce authentique.

La broderie d'or de Boukhara en bref
- Nom : zardozi ou zarduzi, du persan zar (or) et duz (coudre).
- Support : velours bleu nuit, noir, violet, cerise ou brun, brodé de fils métalliques dorés ou argentés.
- Âge d'or : XIXe et début du XXe siècle, à la cour des émirs de Boukhara.
- Où l'admirer : palais Sitoraï Mokhi Khossa et musées de Boukhara, musée des Arts appliqués de Tachkent.
- Où acheter : fabrique de broderie d'or de Boukhara, boutiques et ateliers de la vieille ville.
- Événement : festival international de la broderie d'or et de la joaillerie, à Boukhara.
Un art de cour vieux de plusieurs siècles
Broder avec des fils d'or est une pratique ancienne en Asie centrale et en Iran. Les récits de voyageurs et d'ambassadeurs en gardent la trace : l'ambassadeur castillan Ruy González de Clavijo, venu à Samarcande au début du XVe siècle, a décrit le faste des étoffes de la cour de Tamerlan, et des envoyés russes reçus à Boukhara dans la seconde moitié du XVIIe siècle mentionnent les robes brodées d'or qui leur furent offertes.
C'est toutefois sous les derniers émirs de la dynastie manghyte, au XIXe et au début du XXe siècle, que l'art atteint son apogée. Le vêtement fait alors partie de l'étiquette : l'émir offre des robes brodées d'or (zarchapan) à ses dignitaires et à ses hôtes de marque, et la richesse du décor signale le rang de chacun. Des ateliers travaillent pour la cour, certains à l'intérieur même de l'Ark, la citadelle.
Des brodeurs devenus brodeuses
Fait surprenant pour le visiteur d'aujourd'hui : la broderie d'or de cour était un métier d'hommes. Les maîtres brodeurs se transmettaient leurs secrets en famille et ont peu à peu formé leurs épouses, sœurs et filles. Après la chute de l'émirat en 1920, la production de cour disparaît, mais des brodeuses se regroupent en coopératives (artels) qui préservent le savoir-faire. Une fabrique de broderie d'or est ensuite créée à Boukhara dans les années 1930 ; elle fonctionne toujours et emploie plus d'une centaine de femmes.
Techniques et matériaux
La broderie d'or est un travail d'une lenteur extrême. Le velours est tendu sur un grand métier de bois, et la brodeuse couche les fils métalliques à la surface du tissu en les fixant par de minuscules points de soie ou de coton.
- Le fil : une fine lame de métal doré ou argenté enroulée autour d'une âme de soie ou de coton. Les fils anciens, réellement dorés, sont devenus rares et coûteux ; on utilise aujourd'hui surtout des fils métallisés.
- Le zaminduzi : le fond entier est couvert de fils d'or, ne laissant presque plus voir le velours. C'est la technique la plus spectaculaire et la plus coûteuse.
- Le gulduzi : des motifs isolés (fleurs, médaillons, palmettes) se détachent sur le fond de velours.
- Les gabarits de papier : les motifs sont souvent découpés dans du papier ou du carton, cousus sur le tissu puis recouverts de fils d'or, ce qui leur donne leur relief.
- Les finitions : paillettes, cannetilles, parfois pierres ou perles sur les pièces de prestige.
Les spécialistes recensent plus de quarante types de points et de combinaisons, et les brodeuses continuent d'inventer de nouveaux motifs.
Les pièces traditionnelles
Le répertoire comprend les robes d'apparat d'hommes et de femmes, les calottes (doppi) et coiffes, les babouches, les ceintures, les châles, les sacs et même les tapis de selle. Aujourd'hui, la fabrique produit aussi des tentures, des panneaux décoratifs, des étuis, des sacs à main et des porte-monnaie. La robe brodée d'or reste un cadeau d'honneur offert lors des mariages ou à des hôtes de prestige.

Où admirer la broderie d'or
- Le palais Sitoraï Mokhi Khossa : la résidence d'été du dernier émir, à quelques kilomètres au nord de Boukhara, abrite un musée des arts décoratifs où l'on découvre costumes de cour et textiles brodés. Voir notre article sur les environs de Boukhara.
- L'Ark et les musées de Boukhara : la citadelle des émirs, où travaillaient certains ateliers de cour, présente objets et costumes de l'émirat.
- Le musée des Arts appliqués de Tachkent : il possède une belle collection de broderies d'or ; une bonne introduction si vous commencez votre voyage par la capitale. Retrouvez-le dans notre guide des musées de Tachkent.
- La fabrique de broderie d'or de Boukhara : on peut y observer les brodeuses au travail et acheter directement. Horaires et conditions de visite à vérifier sur place ou auprès de votre guide.
Le festival de la broderie d'or
Boukhara organise un festival international de la broderie d'or et de la joaillerie. La troisième édition s'est tenue du 15 au 17 mai 2026, avec un défilé de l'Ark jusqu'à l'ensemble Lyabi-Khaouz. Les dates des prochaines éditions sont à vérifier auprès de l'office du tourisme ; si votre voyage coïncide, c'est une occasion rare de voir les plus belles pièces et de rencontrer les artisans.
Acheter une broderie d'or
Dans la vieille ville de Boukhara, autour de Lyabi-Khaouz et sous les coupoles marchandes, les boutiques de broderie d'or abondent. Toutes ne se valent pas : certaines vendent des pièces brodées à la machine ou importées. Pour flâner efficacement, suivez notre itinéraire Boukhara en deux jours.
Reconnaître une broderie main
- Le dos de l'ouvrage : sur une broderie couchée main, on voit au revers les petits points de fixation, et non le fil d'or lui-même. Un revers net et régulier en lurex trahit souvent la machine.
- Le relief : les motifs brodés sur gabarit présentent un relief bombé caractéristique.
- Les irrégularités : de légères différences entre deux motifs symétriques sont bon signe.
- Le poids : une vraie pièce de zaminduzi est lourde et rigide.
Quel budget prévoir ?
Les prix dépendent de la taille, de la densité de la broderie et de la qualité du fil : une petite pièce (étui, porte-monnaie, calotte simple) reste abordable, tandis qu'une robe entièrement brodée représente des semaines de travail et un budget de plusieurs centaines de dollars, voire bien davantage. Comparez, posez des questions sur la technique et le temps de travail, et négociez avec courtoisie.
Conseils pratiques
- Transport : roulez plutôt que pliez les pièces brodées, en les protégeant d'un tissu de coton ; évitez de les écraser au fond de la valise.
- Entretien : pas de lavage à l'eau ; confiez la pièce à un pressing spécialisé et rangez-la à plat, à l'abri de la lumière et de l'humidité, pour éviter que le fil métallique ne ternisse.
- Douane : une pièce neuve avec facture ne pose pas de problème. Une broderie ancienne (plus de 50 ans) ou de valeur patrimoniale nécessite une expertise et un certificat avant l'exportation.
- Photos : demandez toujours l'autorisation avant de photographier les brodeuses.
Pour découvrir les autres broderies du pays, plus colorées et domestiques, lisez notre guide des suzanis ouzbeks.
Questions fréquentes
Le fil des broderies est-il en or véritable ?
Sur les pièces anciennes de cour, le fil pouvait être réellement doré. Les créations actuelles utilisent presque toujours des fils métallisés, plus abordables, ce qui n'enlève rien au travail manuel.
Peut-on commander une pièce sur mesure ?
Oui, beaucoup d'ateliers acceptent les commandes. Prévoyez un délai suffisant et faites préciser par écrit motif, dimensions, prix et mode de livraison.
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Crédits photos : LBM1948 (CC BY-SA 4.0), Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France (CC BY 2.0), Sergei Prokudin-Gorskii (Public domain) via Wikimedia Commons.





