À mi-chemin entre Samarcande et Boukhara, mais à l'écart de la route classique, Nourata est une petite ville d'oasis adossée aux monts Nouratau, au bord du désert du Kyzylkoum. On y vient pour trois raisons : les ruines d'une forteresse que la tradition attribue à Alexandre le Grand, une source sacrée où nagent des centaines de poissons, et les villages de montagne où l'on dort chez l'habitant. C'est l'une des étapes les plus authentiques d'un voyage en Ouzbékistan.

Nourata en bref
- Où : région de Navoï, au pied du versant sud des monts Nouratau ; les villages de montagne (Sentob, Asraf, Majerum…) se trouvent sur le versant nord, dans la région de Djizak.
- À voir : la forteresse de Nour (IVe siècle av. J.-C. selon la tradition), le complexe de la source Chashma, les canaux souterrains (kariz), la réserve naturelle de Nouratau.
- Accès : uniquement par la route, comptez 3 à 4 heures depuis Samarcande ou Boukhara.
- Durée conseillée : une demi-journée pour la ville, 1 à 3 nuits pour les villages et la randonnée.
- Meilleure saison : avril-mai et septembre-octobre.
- À combiner avec : le lac Aydarkoul et une nuit en yourte dans le Kyzylkoum.
Une oasis née de la lumière : histoire et forteresse
Le nom de Nourata (Nurota en ouzbek) se décompose en nur, « lumière », et ota, « père ». Plusieurs légendes se croisent : l'une raconte qu'un météore lumineux serait tombé ici, faisant jaillir la source ; une autre évoque des voyageurs égarés dans le désert qui auraient suivi un rayon de lumière jusqu'à l'oasis. La tradition locale associe aussi le lieu à un saint, Nur-ota, dont un mausolée se dresse près de la source.
Nourata occupe une position stratégique : c'est la dernière eau abondante avant le Kyzylkoum, à la limite entre les terres irriguées de Sogdiane et les steppes parcourues par les nomades. Lors de sa campagne en Sogdiane (329-327 av. J.-C.), Alexandre le Grand aurait fait bâtir ici une forteresse pour surveiller cette frontière. Les historiens restent prudents sur cette attribution, faute de preuve décisive, mais la tradition est tenace et fait partie du charme du lieu.
La forteresse de Nour, sur les pas d'Alexandre
Les vestiges de la forteresse de Nour couronnent une colline qui domine directement la source. Il ne reste aujourd'hui que des remparts de terre crue érodés par le vent, aux formes arrondies, mais la montée (une dizaine de minutes par un sentier poussiéreux) vaut vraiment la peine. Du sommet, on embrasse toute l'oasis : les toits plats de la ville, les coupoles du complexe religieux, les vergers et, au loin, la ligne plate du désert d'un côté, les crêtes des monts Nouratau de l'autre.
Montez de préférence en fin d'après-midi, quand la lumière rasante dore les murailles. Le terrain est glissant par endroits : prévoyez de bonnes chaussures.
La source sacrée Chashma et ses poissons
Au pied de la colline, le complexe de Chashma (« source » en persan) est un lieu de pèlerinage très fréquenté par les Ouzbeks, surtout le week-end et lors des fêtes. L'eau, riche en minéraux, sort de terre à une température constante d'environ 19-20 °C toute l'année, et beaucoup lui prêtent des vertus curatives.
Dans le bassin vivent des centaines de poissons de l'espèce appelée localement marinka. Ils sont considérés comme sacrés : il est strictement interdit de les pêcher ou de les manger.
Les monuments du complexe
- La mosquée Juma (Chilustun) : reconnaissable à sa grande coupole de brique et à sa galerie de colonnes en bois, elle est l'un des principaux lieux de prière de la ville.
- La mosquée Panjvakta : petite mosquée du XVIe siècle, considérée comme l'édifice le plus ancien du site.
- Le mausolée de Nur-ota et un ancien bain, autour de vastes esplanades récemment réaménagées.
C'est un lieu de culte actif : tenue couverte (épaules et genoux), foulard recommandé pour les femmes dans les mosquées, et discrétion pendant les prières. Nos conseils détaillés sont dans notre article sur la visite des mosquées et médersas.
Les kariz, une ingénierie de l'eau millénaire
Autour de Nourata subsiste un réseau de kariz, des galeries souterraines qui captent et acheminent l'eau par gravité sans qu'elle s'évapore sous le soleil. Ce système, connu ailleurs sous le nom de qanat, a pratiquement disparu du reste de l'Ouzbékistan, et certains canaux sont encore utilisés par les habitants pour irriguer leurs jardins. Demandez à votre guide de vous montrer les puits d'accès alignés dans la campagne.

Les monts Nouratau : réserve naturelle et villages
La chaîne des Nouratau s'étire sur environ 170 km entre la région de Djizak et celle de Navoï. Ce sont des montagnes sèches, rocailleuses, dont les sommets dépassent 2 000 m et restent souvent enneigés jusqu'au printemps. Leurs vallées cachent pourtant des ruisseaux, des noyeraies, des mûriers et des abricotiers.
Une réserve naturelle d'État a été créée dans les années 1970 pour protéger le mouflon de Severtsov (une sous-espèce d'argali endémique de la région), aujourd'hui l'emblème du massif. Avec un peu de chance et des jumelles, on observe des hardes sur les pentes au petit matin. Au printemps, les pentes se couvrent de tulipes sauvages et de pavots.
Dormir chez l'habitant
Sur le versant nord, dans le district de Forish, plusieurs villages peuplés d'Ouzbeks et de Tadjiks se sont ouverts au tourisme communautaire depuis les années 2000, avec l'appui de programmes de développement : Sentob, Asraf, Majerum, Hayat, Uhum… Les familles accueillent les voyageurs dans des maisons simples mais soignées : matelas (kourpatcha) posés au sol ou lits, sanitaires souvent dans la cour, repas partagés autour du dastarkhan avec pain du tandyr, soupes, plov et fruits du verger.
C'est l'occasion de partager le quotidien rural : cuisson du pain, tissage, thé sous la treille. L'argent dépensé reste directement dans les familles. Pour d'autres idées d'hébergement chez l'habitant, voyez notre sélection de maisons d'hôtes en Ouzbékistan.
Randonnées
Les sentiers relient les villages par des cols et des vallées : de quelques heures de marche à des itinéraires de plusieurs jours (un parcours classique relie Sentob à Yotok en environ cinq jours). On passe devant d'anciens moulins à eau, des ruines de forteresses et des rochers gravés de pétroglyphes. Les dénivelés restent modérés, mais il n'y a ni balisage ni réseau partout : un guide local est vivement conseillé. Pour comparer avec d'autres massifs, lisez notre guide des randonnées en Ouzbékistan.
Comment aller à Nourata et organiser son séjour
Nourata n'a ni aéroport ni gare : on y accède uniquement par la route, en voiture privée avec chauffeur (la formule la plus pratique), en taxi collectif ou en bus depuis Navoï. Comptez environ 3 à 4 heures depuis Samarcande ou depuis Boukhara, et 1 h 30 environ depuis Navoï, ville elle-même desservie par le train. Les villages de Sentob et d'Asraf sont à environ 150 km au nord de Samarcande ; les routes de montagne sont étroites et parfois non goudronnées sur les derniers kilomètres.
La combinaison la plus réussie : une nuit dans un village des Nouratau, la visite de Nourata, puis une nuit en camp de yourtes près du lac Aydarkoul, à une cinquantaine de kilomètres. Tout est expliqué dans notre article sur la nuit en yourte dans le Kyzylkoum.
Conseils pratiques
- Saison : le printemps (avril-mai) est idéal pour les fleurs et la verdure ; l'automne (septembre-octobre) pour les fruits et la lumière. En juillet-août, la chaleur dépasse souvent 40 °C à Nourata, les villages restent plus frais. L'hiver est froid et certaines routes de montagne deviennent difficiles.
- Argent : pas ou peu de distributeurs fiables dans les villages ; prévoyez des sums en espèces pour les homestays, les dons et les petits achats.
- Confort : eau chaude parfois limitée, électricité capricieuse : une lampe frontale, une serviette en microfibre et des lingettes rendent service.
- Respect : demandez toujours avant de photographier les habitants, en particulier les femmes ; ne nourrissez pas les poissons avec n'importe quoi et ne touchez pas l'eau du bassin sacré si on vous le déconseille.
- Enregistrement : les homestays agréés délivrent l'enregistrement obligatoire des étrangers, vérifiez-le avec votre hôte (à vérifier sur place selon les familles).
Questions fréquentes
Peut-on visiter Nourata en excursion d'une journée ?
Oui, depuis Samarcande ou Boukhara, mais la journée est longue (6 à 8 heures de route aller-retour). Il est bien plus agréable de dormir sur place ou d'enchaîner avec Aydarkoul.
La forteresse a-t-elle vraiment été construite par Alexandre le Grand ?
C'est la tradition, reprise par de nombreuses sources, mais aucune preuve archéologique décisive ne l'établit. Le site est en tout cas très ancien et a été occupé pendant des siècles.
Nourata et les monts Nouratau dans nos circuits
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Crédits photos : Marat Nadjibaev (CC BY-SA 4.0), Faqscl (CC BY-SA 3.0), Marat Nadjibaev (CC BY-SA 4.0), Carpodacus (CC BY-SA 4.0), Faqscl (CC BY-SA 3.0), Man77 (CC BY-SA 3.0) via Wikimedia Commons.





