Médecin, philosophe, astronome, poète : Avicenne, de son vrai nom Abou Ali ibn Sina, est né vers 980 dans un petit village des environs de Boukhara. Mille ans plus tard, l'Ouzbékistan honore toujours ce géant de la pensée médiévale, dont le « Canon de la médecine » a été enseigné en Europe jusqu'au XVIIe siècle. Voici comment marcher sur ses traces, de la Boukhara des Samanides au musée de son village natal, Afshona.

Avicenne en Ouzbékistan en bref
- Qui : Abou Ali al-Husayn ibn Abdallah ibn Sina (vers 980-1037), « prince des médecins » pour les Européens du Moyen Âge.
- Où : village d'Afshona, district de Pechkou, à 25-30 km au nord de Boukhara.
- À voir : le musée mémorial Abou Ali ibn Sino (ouvert en 1980), la statue du savant, un petit jardin de plantes médicinales.
- Durée : une demi-journée depuis Boukhara, trajet compris.
- Horaires : en général de 9 h à 18 h, fermeture signalée le mercredi (à vérifier sur place).
- À combiner avec : la vieille ville de Boukhara, le mausolée des Samanides, les environs de la ville.
Qui était Avicenne ?
Ibn Sina naît vers 980 à Afshona, alors un bourg de l'oasis de Boukhara. Son père, Abdallah, originaire de Balkh (dans l'actuel Afghanistan), est un fonctionnaire au service des émirs samanides ; sa mère est de Boukhara même. La famille s'installe rapidement dans la capitale, qui est à l'époque l'un des grands foyers intellectuels du monde musulman, où l'on écrit aussi bien en arabe qu'en persan.
L'enfant est précoce : selon son autobiographie, il connaît le Coran par cœur vers l'âge de dix ans, puis étudie l'arithmétique, le droit islamique, la logique et les sciences grecques avec des précepteurs. Il se passionne ensuite pour la médecine, qu'il trouve, dit-il, plutôt facile à apprendre, et soigne déjà des malades à l'adolescence. Vers dix-sept ans, il est appelé au chevet de l'émir samanide Nouh II : le succès du traitement lui ouvre les portes de la fabuleuse bibliothèque royale de Boukhara, où il dévore les manuscrits grecs, persans et arabes.
Une vie d'errance savante
En 999, l'État samanide s'effondre sous les coups des Qarakhanides. Ibn Sina quitte Boukhara et commence une vie itinérante qui ne s'arrêtera qu'à sa mort :
- Gourgandj, capitale du Khorezm (aujourd'hui Kounia-Ourguentch, au Turkménistan), à la cour des Ma'munides, où il côtoie d'autres savants de premier plan ;
- Gorgan et Rey, dans le nord de l'Iran actuel ;
- Hamadan, où il devient vizir de l'émir bouyide Chams al-Dawla, connaît la disgrâce et même la prison ;
- Ispahan, au service d'Ala al-Dawla, période la plus stable de sa vie.
Il meurt en 1037 à Hamadan, à environ 57 ans, lors d'une campagne militaire. Son mausolée moderne se trouve toujours dans cette ville iranienne.
Une œuvre immense : le Canon et le Livre de la guérison
On attribue à Ibn Sina environ 450 ouvrages, dont quelque 240 nous sont parvenus, surtout en arabe, quelques-uns en persan. Deux titres dominent :
- Le Canon de la médecine (al-Qanun fi al-Tibb) : une synthèse en cinq livres de la médecine grecque (Hippocrate, Galien), indienne et persane, enrichie de ses propres observations : contagion, quarantaine, essais de médicaments, description de maladies. Traduit en latin au XIIe siècle, il devient le manuel de référence des facultés européennes, de Montpellier à Padoue, et reste en usage jusqu'au milieu du XVIIe siècle.
- Le Livre de la guérison (Kitab al-Shifa) : non pas un traité médical, mais une encyclopédie philosophique et scientifique (logique, physique, mathématiques, métaphysique) qui a profondément marqué la scolastique médiévale, de Thomas d'Aquin à Roger Bacon.
En Ouzbékistan, il est une figure nationale : son nom, Abou Ali ibn Sino en ouzbek, est donné à des hôpitaux, des écoles et des rues dans tout le pays.
Le musée mémorial d'Afshona
Le musée a été inauguré en 1980, pour le millénaire de la naissance du savant, puis entièrement rénové en 2006. Il fait partie d'un ensemble plus vaste comprenant un collège de médecine, un centre de documentation et une bibliothèque : à Afshona, on ne visite pas seulement un lieu de mémoire, on croise aussi des étudiants infirmiers en blouse blanche. Au centre de l'ensemble se dresse un monument à Avicenne.
Ce que l'on voit
Le musée est modeste, mais bien conçu. Il réunit plus de 400 pièces liées à l'époque d'Ibn Sina et à la Boukhara des Xe-XIe siècles :
- des instruments médicaux en bronze (originaux et reproductions) et une évocation d'une pharmacie médiévale ;
- des céramiques, des monnaies samanides et des objets du quotidien ;
- un panneau de ganch (stuc sculpté) provenant d'un palais samanide d'Afrassiab ;
- des pièces d'échecs en os, rappel que le jeu circulait déjà sur la route de la soie ;
- des fac-similés de manuscrits du Canon et d'autres œuvres, ainsi que des copies de miniatures, dont une scène de leçon de médecine réunissant Avicenne, Galien et Hippocrate ;
- des peintures modernes illustrant des épisodes de sa vie.
Devant le bâtiment, un petit jardin rassemble des plantes médicinales, clin d'œil à la pharmacopée décrite dans le Canon.

Sur les traces d'Avicenne à Boukhara
La Boukhara qu'a connue le jeune Ibn Sina a presque entièrement disparu sous les couches successives de la ville. Quelques lieux permettent pourtant de l'imaginer :
- Le mausolée des Samanides, dans le parc Samani : construit au tout début du Xe siècle pour la dynastie qui employait le père d'Avicenne, c'est l'un des plus anciens monuments de l'architecture islamique d'Asie centrale. Son décor de briques n'a presque pas changé depuis l'enfance du savant. Nous le présentons dans notre article sur Boukhara hors des sentiers battus.
- L'Ark, forteresse des souverains de Boukhara, bâtie et rebâtie sur le même tertre depuis l'Antiquité : c'est là que se trouvait le pouvoir samanide, et sans doute la fameuse bibliothèque.
Pour organiser votre séjour dans la ville, notre guide Boukhara en 2 jours vous donne un itinéraire complet. Et si Avicenne vous intéresse, la figure d'un autre savant ouzbek, le prince astronome de Samarcande, vous passionnera aussi : voir notre article sur Ouloug Beg et son observatoire.
Comment aller à Afshona
Afshona se trouve dans le district de Pechkou, à 25-30 km au nord de Boukhara (comptez 35 à 50 minutes de route selon le point de départ et la circulation). Il n'existe pas de transport touristique régulier vers le village :
- En taxi ou avec chauffeur : la solution la plus simple. Négociez un aller-retour avec attente d'une heure environ, ou passez par une application de VTC (Yandex Go fonctionne à Boukhara) pour l'aller, en sachant que trouver une voiture pour le retour depuis le village peut être plus compliqué.
- En excursion organisée : Afshona se combine bien avec d'autres sites de l'oasis, comme le complexe de Bakhaouddin Naqchband ou le palais Sitoraï Mokhi Khossa, présentés dans notre article sur les environs de Boukhara.
Conseils pratiques
- Vérifiez les horaires : le musée ouvre généralement de 9 h à 18 h, avec une fermeture signalée le mercredi. Ces informations peuvent changer, faites-les confirmer par votre hôtel ou votre guide la veille.
- Prévoyez des espèces : le billet d'entrée est modique, mais le paiement par carte n'est pas garanti.
- Venez avec un guide : sans explications, la visite peut sembler courte. Avec un guide, l'histoire d'Avicenne et de la Boukhara samanide prend tout son relief.
- Choisissez le bon moment : en été, partez tôt le matin ; le printemps et l'automne sont idéaux.
Questions fréquentes
Avicenne était-il ouzbek, persan ou arabe ?
Ibn Sina est né dans une famille persanophone de l'oasis de Boukhara, sur le territoire de l'actuel Ouzbékistan, et a écrit surtout en arabe, la langue savante de son temps. L'Ouzbékistan, le Tadjikistan et l'Iran le revendiquent tous comme l'un des leurs, ce qui dit bien son caractère universel.
La visite d'Afshona vaut-elle le détour ?
Oui si vous vous intéressez à l'histoire des sciences ou si vous restez au moins trois jours à Boukhara. Le musée n'est pas spectaculaire, mais le lieu est chargé de sens et le trajet offre un aperçu rare de la vie rurale.
Où est enterré Avicenne ?
À Hamadan, en Iran, où il est mort en 1037. Son mausolée actuel, surmonté d'une tour moderne, date du milieu du XXe siècle.
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Crédits photos : Maksimsokolov (CC BY-SA 4.0), Adam Harangozó (CC BY-SA 4.0), Coffeetalkh (CC BY-SA 3.0), Mohammad Pourghorbanali (CC BY-SA 4.0), Davide Mauro (CC BY-SA 4.0), Hylgeriak / Wikipedia (CC BY-SA 3.0) via Wikimedia Commons.





