On vient en Ouzbékistan pour ses coupoles turquoise, mais ses déserts, ses forêts riveraines et ses lacs abritent une faune que peu de voyageurs soupçonnent. Gazelles à goitre, chevaux de Przewalski, ânes sauvages kulans, cerfs de Boukhara ou pélicans : à moins d'une heure de Boukhara ou de Samarcande, il est possible de les observer. Voici les meilleurs sites, la bonne saison et les conseils pour un « safari » ouzbek réussi.

La faune ouzbèke en bref
- Site phare : le centre écologique Djeïran (Jayron), à environ 40 km de Boukhara.
- Espèces emblématiques : gazelle à goitre (djeïran), cheval de Przewalski, kulan, cerf de Boukhara, faisan du Zarafchan.
- Autres sites : parc naturel du Zarafchan près de Samarcande, lacs d'Aydarkoul, monts Nouratau, parcs de montagne.
- Meilleures saisons : avril-mai et septembre-octobre.
- À prévoir : jumelles, chapeau, eau, départ tôt le matin.
Le centre écologique Djeïran, près de Boukhara
Créé en 1976-1977, à une époque où les grands mammifères du désert avaient fortement décliné en Asie centrale, le centre écologique Djeïran (Jayron en ouzbek) est le seul des sept centres d'élevage fondés alors dans la région à subsister en Ouzbékistan. Il se trouve à une quarantaine de kilomètres au sud de Boukhara, le long de la route de Karchi. L'office national du tourisme lui attribue une superficie d'environ 16 500 hectares de désert et de steppe arbustive, où les animaux vivent en semi-liberté dans de vastes enclos.
Ce que l'on y voit
- La gazelle à goitre, ou djeïran, qui a donné son nom au centre : fine, couleur sable, elle détale en bonds spectaculaires.
- Le cheval de Przewalski, seul cheval sauvage encore vivant, à la robe isabelle et à la crinière dressée.
- Le kulan, l'âne sauvage d'Asie, élevé ici en troupeau.
- Le mouflon de Boukhara (urial) et, selon les périodes, d'autres ongulés rares.
- Des oiseaux (rapaces, hérons, oiseaux d'eau autour des points d'eau) et des reptiles, dont le varan du désert.
Le site figure depuis 2008 sur la liste internationale des zones importantes pour la conservation des oiseaux (IBA). La visite classique dure environ deux heures, en véhicule et à pied entre les enclos, accompagnée par un employé du centre. Il existait aussi une formule de parrainage d'un jeune animal et une petite maison d'hôtes pour les séjours plus longs : renseignez-vous à l'avance, car les conditions d'accès et les tarifs évoluent. Comptez une demi-journée depuis Boukhara, à combiner avec les environs de Boukhara.
Comment s'y rendre
Aucun transport public pratique ne dessert le centre : la solution la plus simple est une voiture avec chauffeur depuis Boukhara, soit environ une heure de route selon le point de départ et l'état de la chaussée. Partez dès l'ouverture, idéalement avant 9 h, pour profiter de la fraîcheur et de l'activité des animaux. Prévoyez des chaussures fermées : le sol est sableux et parsemé d'épineux, et les serpents ou scorpions, rares en journée, existent bel et bien dans ce milieu désertique.
Le parc naturel du Zarafchan, près de Samarcande
Au nord-est de Samarcande, le long de la rive droite du Zarafchan, s'étire une bande étroite de forêt tugaï, cette végétation dense de peupliers, de saules, de tamaris et d'argousiers qui pousse dans les plaines inondables d'Asie centrale. Une réserve y a été créée en 1975 pour protéger ces forêts et le faisan du Zarafchan, une sous-espèce locale du faisan de Colchide. Elle a depuis été transformée en parc naturel national.
Plus de 200 espèces d'oiseaux y ont été recensées. Côté mammifères, le grand symbole est le cerf de Boukhara (ou cerf de Bactriane), endémique d'Asie centrale et longtemps menacé de disparition, aux côtés du chacal doré, du chat des marais ou du blaireau. Le parc se situe à une quinzaine de kilomètres des hôtels de Samarcande, dans les districts de Jambay et de Bulungur ; ses horaires d'ouverture varient selon la saison. Une sortie matinale s'intègre facilement dans un séjour à Samarcande.
Le parc abrite aussi un centre de réhabilitation qui soigne des animaux blessés, en majorité de grands rapaces, et participe à l'élevage d'espèces menacées. Les forêts tugaï ont considérablement reculé au XXe siècle sous l'effet de l'irrigation et des défrichements : marcher sous leurs peupliers, c'est découvrir un paysage devenu rare dans toute l'Asie centrale.

Oiseaux et lacs du désert : Aydarkoul et au-delà
Entre le désert du Kyzylkoum et les monts Nouratau, le système de lacs d'Aydar-Arnasay, né dans les années 1960-1970 des débordements du Syr-Daria, forme une vaste étendue d'eau saumâtre en plein désert. C'est une étape importante pour les oiseaux migrateurs et hivernants : cormorans, hérons, goélands, sternes, pélicans selon la saison. On y loge dans des camps de yourtes, une expérience que nous décrivons dans notre article sur la nuit en yourte près d'Aydarkoul.
Plus au sud, dans la région de Boukhara, le lac Dengizkoul est reconnu zone humide d'importance internationale (site Ramsar) pour ses oiseaux d'eau. Il est plus difficile d'accès et se visite plutôt avec un guide spécialisé.
Montagnes et steppes : d'autres terrains d'observation
Monts Nouratau
Les villages des monts Nouratau, au nord de Samarcande, sont connus pour leurs maisons d'hôtes et leurs randonnées. La réserve de Nouratau protège notamment le mouflon de Severtsov, une sous-espèce d'argali propre à la région, ainsi que de nombreux rapaces.
Parcs de montagne
Dans le Tian Shan occidental, les parcs nationaux d'Ougam-Tchatkal (près de Tachkent) et de Zaamin abritent bouquetins, marmottes, ours bruns et de grands rapaces comme le gypaète ou le vautour fauve. Le léopard des neiges y est présent mais quasiment impossible à apercevoir. Pour les itinéraires, voyez notre guide randonnée en Ouzbékistan.
Plateau d'Oustiourt
À l'extrême ouest, sur le plateau d'Oustiourt au Karakalpakstan, survit l'antilope saïga, protégée par une réserve spécifique. Son observation reste aléatoire et demande une véritable expédition.
Conseils pratiques
- La bonne saison : avril-mai et septembre-octobre. En été, le désert dépasse souvent 40 °C et les animaux se cachent aux heures chaudes.
- Le bon horaire : partez tôt le matin ou en fin d'après-midi, quand les animaux sont actifs et la lumière plus belle.
- L'équipement : jumelles, téléobjectif si vous photographiez, chapeau, crème solaire et au moins un litre et demi d'eau par personne.
- Les règles : ne nourrissez pas les animaux, restez avec l'accompagnateur et demandez l'autorisation avant de faire voler un drone.
- L'organisation : les sites sont éloignés des transports publics ; prévoyez un chauffeur ou une excursion organisée, et faites vérifier par votre agence les horaires et tarifs en vigueur.
Questions fréquentes
Le centre Djeïran vaut-il le détour ?
Oui, si vous aimez la nature : c'est l'un des rares endroits d'Asie centrale où l'on voit à coup sûr gazelles à goitre, chevaux de Przewalski et kulans. Ne vous attendez pas pour autant à un safari africain : les animaux vivent dans de grands enclos de désert.
Peut-on voir des animaux sauvages sans quitter les villes ?
Les oiseaux, oui : cigognes, huppes, guêpiers et rolliers sont fréquents au printemps dans les jardins et oasis. Pour les grands mammifères, il faut sortir des villes.
Faut-il un guide ?
Pour Djeïran, un accompagnateur du centre est généralement fourni. Pour l'ornithologie aux lacs ou en montagne, un guide naturaliste fait toute la différence.
La nature ouzbèke dans nos circuits
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Crédits photos : Humoyun Mehridinov (CC BY-SA 4.0), Carpodacus (CC BY-SA 4.0), Altaipanther (Public domain), Marat Nadjibaev (CC BY-SA 4.0), Humoyun Mehridinov (CC BY-SA 4.0), Carpodacus (CC BY-SA 4.0) via Wikimedia Commons.





