Des tapis suspendus aux murs des médersas, des rouleaux empilés sous les coupoles marchandes, des métiers à tisser où des femmes nouent fil après fil : en Ouzbékistan, le tapis est partout. Encore faut-il savoir ce que l'on regarde. Ce guide vous emmène dans les ateliers de Khiva, Boukhara et Samarcande, vous apprend à lire les motifs et vous donne les clés pour acheter sans vous tromper.

Les tapis ouzbeks en bref
- Grands types : tapis noués à poil ras (gilam), tapis à poil long (djoulkhyrs), tapis tissés à plat (palas, kilim) et feutres.
- Matières : laine, soie, parfois coton pour la chaîne ; teintures végétales dans les meilleurs ateliers.
- Ateliers à visiter : l'atelier de tapis de soie de Khiva, la fabrique Khoudjoum de Samarcande, les ateliers et boutiques de Boukhara.
- Délais : plusieurs mois, voire plus d'un an, pour un tapis de taille moyenne noué à la main.
- Budget : d'une centaine de dollars pour un petit tapis de laine à plusieurs milliers pour une soie fine.
- À exiger : facture détaillée et, pour un tapis ancien, certificat d'exportation.
Une tradition de nomades et d'oasis
Le tapis est né chez les peuples nomades d'Asie centrale : on l'étendait sur le sol de la yourte, on l'accrochait aux parois pour isoler du froid, on en faisait des sacs et des tentures. Dans les oasis sédentaires, il est devenu objet de prestige et pièce maîtresse de la dot. Aujourd'hui encore, dans de nombreuses maisons ouzbèkes, les tapis couvrent sols et murs, et ils restent un cadeau de mariage apprécié.
Historiquement, les régions du Kachkadaria, du Sourkhandaria et du Karakalpakstan étaient de grands foyers de tissage, avec des tapis de laine aux motifs géométriques. Les tapis de soie fins que l'on admire aujourd'hui dans les villes touristiques relèvent surtout d'un renouveau contemporain, porté par des ateliers qui ont remis à l'honneur les teintures naturelles.
Les grandes familles de tapis
- Le gilam : tapis noué à poil ras, en laine ou en soie. C'est le plus répandu dans les boutiques.
- Le djoulkhyrs : tapis à poil long, épais et souple, typique des tribus ouzbèkes du sud ; plus rustique et rare aujourd'hui.
- Le palas (ou kilim) : tissé à plat, sans nœuds, souvent à bandes ou à motifs géométriques. Léger, il voyage facilement.
- Le djoynamoz : petit tapis de prière, avec une niche (mihrab) orientée vers La Mecque.
- Les feutres : tapis de laine foulée, parfois brodés ou appliqués, aujourd'hui assez rares.
Lire les motifs
Les motifs ne sont pas de simples décorations : ils forment un vocabulaire hérité des steppes et des oasis. Sans prétendre tout décoder, voici quelques repères.
- Le gül : médaillon octogonal répété en rangées, emblème des tapis turkmènes. Chaque tribu avait historiquement son propre gül.
- Les cornes de bélier : crochets et spirales stylisés, symboles de force et de prospérité.
- L'amande (bodom) : motif en goutte, que l'on retrouve aussi sur les suzanis et les tissus ikat.
- Les triangles et amulettes : motifs protecteurs censés éloigner le mauvais œil.
- Les entrelacs et rosaces : dans les créations de Khiva, inspirés de la céramique, des portes sculptées et des miniatures timourides.
Le « tapis de Boukhara », un nom trompeur
En Europe, on appelle souvent « tapis de Boukhara » des tapis rouges à médaillons octogonaux. En réalité, ce sont pour la plupart des tapis de tradition turkmène (tribus Tekke, Yomoud et autres), qui transitaient autrefois par le grand marché de Boukhara avant d'être exportés. À Boukhara même, vous trouverez des tapis ouzbeks, turkmènes, afghans et iraniens : demandez toujours l'origine exacte.
Les ateliers à visiter
Khiva : l'atelier de tapis de soie
Installé dans l'ancienne médersa de Yakoub Bey Khodja, près du minaret inachevé de Kalta Minor, l'atelier de tapis de soie de Khiva est né au début des années 2000 d'une initiative soutenue par l'UNESCO et une ONG, pour faire revivre la filature, la teinture et le tissage de la soie. Les teintures y sont végétales : garance pour les rouges, écorces de grenade pour les ors, brou de noix pour les bruns, pelures d'oignon et feuilles de vigne pour les jaunes, indigo (importé) pour les bleus. Les motifs s'inspirent des carreaux de céramique, des portes sculptées et des tapis représentés dans les miniatures timourides. On peut voir les tisserandes au travail et acheter sur place. Pour situer l'atelier dans la vieille ville, consultez notre guide d'Itchan Kala.
Samarcande : la fabrique Khoudjoum
La fabrique de tapis de soie Khoudjoum (Hudjum) est une étape très prisée à Samarcande. La visite montre toute la chaîne : dévidage des cocons, teinture naturelle (écorces de grenade, brou de noix…), puis nouage sur de grands métiers éclairés par la lumière naturelle. Un tapis de taille moyenne demande environ un an de travail. Combinez la visite avec le bazar d'Ourgout, où l'on trouve aussi tapis et suzanis anciens : voir notre article sur le bazar d'Ourgout.
Boukhara : boutiques et métiers à tisser
À Boukhara, les tapis débordent des coupoles marchandes et des cours de médersas transformées en boutiques. Plusieurs ateliers installés dans d'anciens caravansérails font travailler des tisserandes devant les visiteurs. C'est aussi la ville où l'offre est la plus variée, avec beaucoup de tapis importés : un bon endroit pour comparer.

Acheter sans se tromper
Un tapis est un achat important. Prenez votre temps, visitez plusieurs boutiques et n'hésitez pas à repartir sans rien : un vendeur sérieux ne vous en voudra pas.
Fait main ou machine ?
- Retournez le tapis : sur un tapis noué main, le dessin est presque aussi net au dos qu'à l'endroit et l'on distingue chaque nœud, avec de petites irrégularités. Un dos parfaitement régulier et une trame visible évoquent la machine.
- Regardez les franges : sur un tapis fait main, ce sont les fils de chaîne qui se prolongent ; sur un tapis machine, elles sont souvent cousues après coup.
- Comptez les nœuds : plus la densité est élevée, plus le dessin est fin et le travail long. Demandez le nombre de nœuds au centimètre carré.
Soie véritable et teintures naturelles
- La soie : méfiez-vous de la « soie artificielle » (viscose ou coton mercerisé), brillante et bon marché. La vraie soie est plus fraîche au toucher. En cas de doute, demandez au vendeur de brûler un fil prélevé dans la frange : la soie sent le cheveu brûlé et laisse une cendre qui s'effrite.
- Les teintures : les couleurs végétales présentent de légères variations de ton (l'abrach), signe d'authenticité. Frottez un coin avec un mouchoir blanc humide : une couleur qui dégorge est mauvais signe.
Prix et négociation
Les prix vont d'une centaine de dollars pour un petit tapis de laine ou un palas à plusieurs milliers pour une soie fine de grande taille. La négociation fait partie du jeu ; demandez le prix au mètre carré pour comparer. Exigez une facture détaillée (dimensions, matière, origine, ancienneté).
Conseils pratiques
- Transport : la plupart des boutiques plient le tapis sous vide ou en ballot compact, facile à mettre en soute. Les grandes pièces peuvent être expédiées par transporteur : faites préciser délai, assurance et frais.
- Douane ouzbèke : un tapis neuf avec facture sort sans difficulté. Un objet de plus de 50 ans ou présentant une valeur culturelle nécessite une expertise et un certificat avant l'exportation ; un tapis ancien sans papiers peut être saisi à l'aéroport. Détails dans notre guide de la douane ouzbèke.
- Douane française : au-delà de la franchise de 430 € (voyage en avion), vous devez déclarer votre achat et acquitter droits et TVA. Conservez la facture.
- Photos : demandez avant de photographier les tisserandes au travail.
Si vous aimez les textiles, prolongez la découverte avec notre guide des suzanis, les broderies ouzbèkes.
Questions fréquentes
Où acheter le meilleur tapis en Ouzbékistan ?
Pour la soie aux teintures naturelles, les ateliers de Khiva et de Samarcande sont les références ; pour le choix et la comparaison, Boukhara est imbattable.
Combien de temps faut-il pour tisser un tapis ?
De quelques mois pour un petit tapis de laine à plus d'un an pour une grande soie très dense.
Les villes du tapis dans nos circuits
Turquoise Travel, agence locale en Ouzbékistan, vous propose :
- La Route d'Or vers Samarcande (12 jours) : Khiva, Boukhara et Samarcande, les trois capitales du tapis, en un seul voyage.
- L'Ouzbékistan Insolite (15 jours) : des chemins de traverse pour rencontrer artisans et tisserandes loin des foules.
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Crédits photos : Panpanchik (CC BY-SA 4.0), LBM1948 (CC BY-SA 4.0), upyernoz from Haverford, USA (CC BY 2.0), Ayqironlik (CC BY-SA 4.0), Fulvio Spada from Torino, Italy (CC BY-SA 2.0) via Wikimedia Commons.





