Samovars cabossés, insignes soviétiques, appareils photo Zenit, vieux suzanis, kazans en fonte, disques vinyles et pièces détachées de Moskvitch : le marché aux puces de Yangiobod est un voyage dans le temps. C'est la plus grande brocante de Tachkent, héritière de la légendaire Tezikovka. Voici comment s'y rendre, quoi chercher, comment négocier et, surtout, ce que vous pourrez rapporter légalement à la maison.

Yangiobod en bref
- Où : en périphérie de Tachkent, dans une zone d'entrepôts ; accès en taxi.
- Quand : le week-end, surtout le samedi et le dimanche matin.
- Ambiance : brocante populaire immense, très peu touristique.
- À chercher : objets soviétiques, céramiques, textiles anciens, cuivres, livres, pièces et timbres.
- Paiement : espèces en soums, négociation de rigueur.
- Attention : les objets de plus de 50 ans ou à valeur culturelle exigent un certificat pour sortir du pays.
De Tezikovka à Yangiobod : un peu d'histoire
Le marché aux puces de Tachkent a une longue histoire. Son ancêtre, la Tezikovka, s'est formée pendant la Seconde Guerre mondiale derrière la voie ferrée, sur un terrain appelé d'après la datcha d'un marchand russe nommé Tezikov. La ville accueillait alors des centaines de milliers d'évacués venus de toute l'URSS, qui y vendaient ou échangeaient leurs biens. Le marché est devenu célèbre dans tout le pays, au point d'apparaître dans la littérature soviétique.
Dans les années 1990, après l'indépendance, beaucoup de familles qui quittaient l'Ouzbékistan y ont vendu leurs affaires : meubles, vaisselle, bibliothèques entières. Au début des années 2000, les travaux du périphérique ont entraîné le déménagement du marché vers d'anciens entrepôts en bordure de la ville, sous le nom de Yangiobod (« nouveau lieu habité »). Son esprit, lui, n'a pas changé. Des projets de modernisation (aménagements, propreté, parking) sont régulièrement évoqués par la mairie : l'organisation des lieux peut donc évoluer.
Ce que l'on trouve à Yangiobod
Le marché se divise grosso modo en trois mondes : la brocante proprement dite, les allées de marchandises neuves bon marché (vêtements, outils, électroménager) et un secteur d'animaux et de produits pour animaux. C'est la brocante qui intéresse les chineurs :
- Objets soviétiques : insignes, badges, affiches, appareils photo, radios, montres, vaisselle à l'effigie de Gagarine, jouets en métal.
- Arts de la table : porcelaine, verres en cristal, théières et bols piala ouzbeks, plateaux en cuivre ciselé.
- Textiles : vieux suzanis, tissus ikat, robes et manteaux brodés, calottes doppi.
- Métal : kazans en fonte, cruches et aiguières, cadenas anciens, outils.
- Papier : livres, cartes postales, timbres, billets et pièces de monnaie.
- Mobilier et décoration : coffres, lampes, tableaux, tapis usés.
Le plaisir est dans la recherche : rien n'est rangé, on fouille dans des cartons posés au sol, on discute avec des vendeurs parfois passionnés par leurs objets. Si vous cherchez des souvenirs plus classiques et neufs, voyez notre article sur les souvenirs à rapporter d'Ouzbékistan.

Comment y aller et quand
Le marché est situé en périphérie, loin du centre et des stations de métro les plus pratiques pour un visiteur. Le plus simple est de commander un taxi avec l'application Yandex Go en indiquant « Yangiobod bozori » (ou « Янгиабадский рынок »), et de vérifier sur la carte que la destination est bien le marché, et non le quartier ou la station de métro du même nom. Selon la circulation, comptez de 20 à 40 minutes depuis le centre.
Venez le samedi ou le dimanche, le plus tôt possible : les marchands s'installent dès le matin et les meilleures pièces partent dans les premières heures. En fin de matinée, la chaleur et la foule rendent la balade plus fatigante, et certains vendeurs commencent à remballer en début d'après-midi. Les horaires précis ne sont pas affichés : à vérifier sur place.
Négocier et acheter malin
- Espèces seulement : prévoyez des soums en petites coupures ; les cartes ne sont pas acceptées et il n'y a pas forcément de distributeur à proximité.
- Négociez avec le sourire : le premier prix annoncé à un étranger est souvent élevé. Proposez la moitié, puis trouvez un terrain d'entente. Quelques mots d'ouzbek ou de russe aident beaucoup (voir notre lexique ouzbek-russe pour les voyageurs).
- Méfiez-vous des « antiquités » : beaucoup d'objets sont des copies récentes, vieillies artificiellement. Achetez un objet parce qu'il vous plaît, pas pour son prétendu âge.
- Inspectez tout : les appareils électriques et photo sont vendus en l'état, sans garantie.
- Évitez les téléphones et l'électronique récente : leur provenance est parfois douteuse.
Les règles de douane : ce que vous pouvez rapporter
C'est le point le plus important. L'Ouzbékistan protège strictement son patrimoine, et les contrôles à l'aéroport de Tachkent sont réels. Les règles générales sont les suivantes (voir aussi notre guide complet de la douane ouzbèke) :
- Objets de moins de 50 ans : les souvenirs, l'artisanat récent, les tapis faits à la machine, les reproductions et les objets de série sortent sans formalité. Gardez le ticket ou une facture si vous en avez une.
- Objets de plus de 50 ans ou à valeur historique ou culturelle : ils nécessitent un certificat d'exportation délivré après expertise par les services du ministère de la Culture. Cela concerne notamment les tapis et textiles anciens, les objets d'art, les livres anciens, les instruments de musique et les bijoux anciens. L'expertise est payante et prend du temps : prévoyez plusieurs jours, et faites-vous aider par le vendeur ou votre agence.
- Strictement interdits à l'exportation : les objets inscrits au patrimoine national, les pièces archéologiques (y compris de simples monnaies antiques ou des tessons), ainsi que les manuscrits et objets religieux anciens.
- Décorations et armes : évitez les ordres et médailles d'État, ainsi que les armes blanches anciennes (poignards, baïonnettes), dont la sortie est très encadrée.
Sans certificat, un objet jugé ancien peut être confisqué à la douane, et l'affaire peut aller plus loin qu'une simple saisie. En cas de doute, n'achetez pas, ou demandez au vendeur de vous accompagner pour la démarche. Rappelons aussi qu'à l'arrivée en France, les règles européennes s'appliquent (franchises douanières, espèces protégées comme l'ivoire ou certaines peaux).
Conseils pratiques
- Photos : un panneau à l'entrée interdit en principe la photo et la vidéo. Respectez la consigne, ou demandez la permission au vendeur avant de photographier son étal.
- Sécurité : gardez votre sac devant vous et votre téléphone dans une poche fermée. Dans les recoins les plus reculés, restez prudent.
- Tenue : chaussures fermées, chapeau en été ; le sol est poussiéreux ou boueux selon la saison.
- Venez accompagné : un guide ou un ami local vous aidera à négocier, à repérer les vraies trouvailles et à éviter les mauvaises surprises.
- Combinez : l'après-midi, rejoignez le bazar Chorsou pour un tout autre marché, alimentaire et artisanal (voir notre guide des bazars d'Ouzbékistan).
Questions fréquentes
Yangiobod est-il adapté à des touristes ?
Oui, à condition d'aimer l'ambiance des brocantes populaires. Le marché n'a rien d'un lieu touristique aménagé, et c'est tout son charme.
Peut-on y trouver de vrais suzanis anciens ?
Parfois, oui, mais les prix ne sont pas forcément plus bas que chez les antiquaires de Boukhara ou de Samarcande, et vous aurez besoin d'un certificat pour l'exporter s'il a plus de 50 ans.
Le marché est-il ouvert en semaine ?
Une partie des boutiques fonctionne en semaine, mais la grande brocante, c'est le week-end.
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Crédits photos : Benjamin Goetzinger (CC BY-SA 4.0), Tess Mattew (CC BY-SA 4.0), Ji-Elle (CC BY-SA 4.0), Adam Harangozó (CC BY-SA 4.0), Варвара Каминская (CC BY-SA 4.0), Ayqironlik (CC BY-SA 4.0) via Wikimedia Commons.





