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Le zoroastrisme en Ouzbékistan : sites, traces et héritage

Dakhma de Tchilpyk, forteresses du Khorezm, ossuaires sogdiens, Navrouz : sur les traces de la religion du feu qui a marqué l'Asie centrale bien avant l'islam.

ÉPar Équipe Turquoise Travel8 min de lecture

Le zoroastrisme en Ouzbékistan : sites, traces et héritage
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Bien avant les coupoles turquoise et les minarets, les terres de l'actuel Ouzbékistan vénéraient le feu. Le Khorezm, la Sogdiane et la Bactriane ont été parmi les grands foyers du zoroastrisme, l'une des plus anciennes religions révélées du monde. Cet héritage ne se lit pas seulement dans les ruines du désert : il survit dans le Navrouz, dans certains rites de mariage et jusque dans la fumée d'isiriq qui purifie les maisons. Voici où et comment le découvrir.

Le sentier et les marches qui montent vers l'enceinte circulaire de la dakhma de Tchilpyk, près de Noukous

Le zoroastrisme en Ouzbékistan en bref

  • Origine : religion fondée par le prophète Zarathoustra (Zoroastre), à une date très discutée, entre le IIe et le Ier millénaire av. J.-C.
  • Livre sacré : l'Avesta, dont certains chercheurs situent les origines au Khorezm.
  • Sites majeurs : dakhma de Tchilpyk, forteresses du Khorezm, Afrasiab à Samarcande, Varakhcha près de Boukhara.
  • Musées : musée de l'Avesta à Khiva, musée d'Afrasiab à Samarcande, musées d'histoire de Tachkent et de Noukous.
  • Héritage vivant : Navrouz (21 mars), rites du feu, culte de l'eau et de la terre.

Une religion née en Asie centrale

Le zoroastrisme repose sur l'enseignement de Zarathoustra, connu en Occident sous le nom grec de Zoroastre. Il oppose deux principes : Ahura Mazda, le dieu sage, source de la vérité et de l'ordre, et les forces du mensonge et du chaos. L'homme est libre de choisir son camp par « les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions ». Le feu, l'eau et la terre, considérés comme purs, doivent être préservés de toute souillure.

La date et le lieu de vie du prophète restent débattus. Les textes les plus anciens de l'Avesta évoquent des paysages d'Asie centrale et de l'Iran oriental, et plusieurs chercheurs ont proposé de situer leur origine au Khorezm, la région de Khiva. C'est une hypothèse parmi d'autres, mais l'Ouzbékistan l'a faite sienne : en 2001, le pays a célébré les 2 700 ans de l'Avesta, avec le soutien de l'UNESCO, et un monument en forme de livre ouvert lui est dédié à Ourguentch.

Pendant plus d'un millénaire, sous les Achéménides, puis dans les royaumes sogdiens et khorezmiens, le culte du feu a coexisté avec le bouddhisme, le manichéisme et le christianisme nestorien, le long de ce qui deviendrait la route de la Soie. L'islamisation, à partir de la conquête arabe du VIIIe siècle, l'a progressivement fait disparaître comme religion pratiquée, sans effacer ses traces.

Le Khorezm et le Karakalpakstan : au cœur du sujet

La dakhma de Tchilpyk

C'est le site le plus spectaculaire. À environ 43 km de Noukous, au sommet d'une colline isolée au-dessus de l'Amou-Daria, se dresse un grand anneau de murs d'argile d'une soixantaine de mètres de diamètre. Il s'agit d'une dakhma, une « tour du silence » : les zoroastriens y exposaient les corps des défunts aux vautours afin de ne souiller ni la terre ni le feu. Les ossements, une fois nettoyés, étaient ensuite recueillis dans des ossuaires. Le site est ancien de plus de deux millénaires et a été réaménagé à plusieurs reprises. La montée, courte mais raide, offre une vue superbe sur le fleuve et le désert.

Les forteresses du désert

Entre Khiva et Noukous, les forteresses de l'ancien Khorezm, comme Toprak-Kala, Ayaz-Kala ou Kyzyl-Kala, témoignent d'une civilisation où le feu tenait une place centrale. À Toprak-Kala, ancienne résidence royale des premiers siècles de notre ère, les archéologues ont identifié un temple du feu au sein du palais. Le site de Koy-Krylgan-Kala, plus difficile d'accès, est un monument circulaire interprété comme un lieu de culte lié aux astres et aux rites funéraires. Tous les détails dans notre guide des forteresses du Khorezm.

Le musée de l'Avesta à Khiva

Dans l'Itchan Kala, un petit musée installé dans une médersa (celle de Matpanabay) est consacré à l'Avesta et aux croyances anciennes du Khorezm : reproductions de textes, ossuaires, objets rituels et cartes. La visite est rapide mais met en contexte tout ce que vous verrez dans le désert. Pour organiser votre séjour dans la région, consultez notre guide de voyage au Karakalpakstan.

Samarcande et Boukhara : la Sogdiane du feu

La Sogdiane, région de Samarcande et de Boukhara, était un monde de marchands où les dieux se mêlaient. Sur le plateau d'Afrasiab, l'ancienne Samarcande, les fouilles ont livré de nombreux ossuaires en terre cuite, parfois décorés de prêtres portant le padam, le voile qui protège le feu sacré de leur souffle. Les musées de Samarcande en exposent plusieurs, et le musée d'Afrasiab présente la célèbre fresque des Ambassadeurs, du VIIe siècle.

À Boukhara, la mosquée Magoki-Attari, au cœur de la vieille ville, aurait été bâtie sur l'emplacement d'un sanctuaire préislamique ; ses fondations, visibles plusieurs mètres sous le niveau actuel des rues, rappellent l'empilement des époques. Dans l'oasis, le site de Varakhcha, ancienne résidence des souverains de Boukhara, a livré des peintures murales et des aménagements interprétés comme liés au culte du feu. Pour les explorer, voyez notre article sur les environs de Boukhara.

Jeunes gens en tenue traditionnelle servant le sumalak du Navrouz depuis un grand chaudron

Le Navrouz, héritage le plus vivant

Le Navrouz, le Nouvel An du printemps célébré autour de l'équinoxe du 21 mars, plonge ses racines dans le calendrier zoroastrien. Il a survécu à l'islam, puis à l'époque soviétique, pour devenir la grande fête nationale de l'Ouzbékistan. Il figure depuis 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, au titre d'une candidature commune à plusieurs pays.

On y prépare le sumalak, une crème de blé germé cuite toute une nuit dans d'immenses chaudrons, on visite ses proches, on danse et on chante dans les mahallas. Pour vivre la fête, lisez notre article sur le Navrouz en Ouzbékistan.

D'autres traces dans la vie quotidienne

Les ethnologues relèvent de nombreux usages qui pourraient remonter à l'époque préislamique, même s'il faut rester prudent sur les filiations :

  • L'isiriq : les graines de rue de Syrie (harmal) brûlées dans un petit encensoir pour chasser le mauvais œil. Vous verrez souvent des vendeurs en balancer la fumée dans les bazars.
  • Le feu dans les mariages : dans certaines régions, notamment au Khorezm et autour de Boukhara, les jeunes mariés font le tour d'un feu avant d'entrer dans leur nouvelle maison.
  • Le respect du pain et de l'eau : on ne jette pas le pain, on ne pose pas la galette à l'envers, on ne souille pas l'eau courante.
  • Les motifs : certains spécialistes rapprochent des symboles solaires et des motifs de flamme présents sur les suzanis ou les céramiques d'un fonds ancien.

Conseils pratiques

  • Combinez les sites : Tchilpyk se visite facilement avec les forteresses du Khorezm, sur la route entre Khiva et Noukous. Prévoyez une journée complète en voiture avec chauffeur.
  • Partez tôt : il n'y a ni ombre ni point d'eau sur les sites du désert. Chapeau, crème solaire et deux litres d'eau par personne.
  • Chaussures fermées : la montée à Tchilpyk et à certaines forteresses se fait sur une pente de terre glissante.
  • Respectez les vestiges : ne grimpez pas sur les murs d'argile fragiles et ne ramassez aucun tesson ; l'exportation d'objets archéologiques est interdite.
  • Faites-vous accompagner : un guide spécialisé rend lisibles des ruines qui, sans explications, ressemblent à des collines de terre.
  • Les musées : horaires et tarifs varient selon la saison ; beaucoup ferment un jour par semaine, à vérifier sur place.

Questions fréquentes

Reste-t-il des zoroastriens en Ouzbékistan ?

Il n'existe pas aujourd'hui de communauté zoroastrienne organisée et significative dans le pays. Le zoroastrisme est surtout un patrimoine historique et culturel, revendiqué comme tel.

Peut-on monter à l'intérieur de la dakhma de Tchilpyk ?

Oui, un sentier mène au sommet et l'on peut entrer dans l'enceinte. Restez prudent par vent fort et évitez les heures les plus chaudes.

Quelle est la meilleure période ?

Le printemps et l'automne, pour la douceur des températures dans le désert. Fin mars, vous pourrez en plus assister au Navrouz.

Le zoroastrisme dans nos circuits

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Crédits photos : Bruce Allardice (CC BY-SA 2.0), Bernard Gagnon (CC0), Janabaevazizbek (CC BY-SA 4.0), Miss Kamola (CC BY-SA 4.0) via Wikimedia Commons.

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